L’accès aux antivenins dans le monde en développement : une analyse multidisciplinaire

Chers amis,

Même si la majorité d’entre nous n’est probablement pas impliquée dans l’approvisionnement ou la gestion des antivenins, je pense que le document ci-joint reste d’un grand intérêt, car il sensibilise à un problème d’accès très négligé. Il examine certains des obstacles les plus importants à l’accès dans des contextes de ressources limitées et discute des actions à entreprendre pour les surmonter. En bref :

L’envenimation par morsure de serpent peut tuer jusqu’à 137 880 personnes par an, et seule une petite fraction des quelque 2,7 millions de personnes envenimées après une morsure de serpent chaque année a accès à un traitement antivenimeux. Les antivenins (ou antivenines) sont des produits biologiques complexes, spécifiques à une gamme limitée d’espèces de serpents ; en tant que tels, ils sont produits à partir de plasma hyperimmun obtenu par l’immunisation d’animaux donneurs, et ils doivent être fabriqués à l’aide d’immunoglobulines dirigées contre les venins de serpents présents dans les pays et régions où le produit sera déployé.

Les barrières à l’accès se situent en amont, à mi-chemin et en aval, notamment :

  • La production est bien inférieure aux besoins mondiaux, et la crise de l’approvisionnement est particulièrement grave en Afrique subsaharienne. Le petit nombre de fabricants privés et le manque d’intérêt général des producteurs multinationaux sont révélateurs des réalités commerciales de la fabrication de produits spécifiques à un pays ou à une région pour des marchés imprévisibles et peu fiables (par exemple, Sanofi a cessé sa production en 2010).
  • Même si l’OMS a publié des lignes directrices pour la production, le contrôle et la réglementation des immunoglobulines antivenimeuses, conçues pour aider à la fois les fabricants et les autorités réglementaires et actuellement en cours de révision, il reste un travail considérable à faire pour améliorer la qualité et la sécurité des produits antivenimeux, en particulier sur les marchés faiblement réglementés comme l’Afrique subsaharienne.
  • Il est nécessaire d’aligner les priorités de recherche sur les problèmes pratiques qui doivent être surmontés pour améliorer la production, le contrôle de la qualité et la réglementation. Un exemple est l’émergence de la lyophilisation comme moyen de produire des antivenins qui ne dépendent pas de la chaîne du froid, tandis qu’un éventail plus large d’innovations comprend de nouveaux adjuvants, des mélanges immunisants améliorés, des traitements de nouvelle génération de l’EBS basés sur de petites molécules ou des cocktails d’anticorps neutralisants, etc.
  • La mesure dans laquelle le processus d’enregistrement établit de manière indépendante et solide la validité et la fiabilité des allégations des fabricants est, malheureusement, extrêmement variable.
  • Le coût a un impact majeur sur l’accessibilité et l’abordabilité. Bien que les coûts soient généralement plus faibles dans les PRFM, les antivenins sont souvent hors de prix par rapport aux revenus des victimes de morsures de serpent souvent appauvries.
  • Les processus d’achat peuvent varier considérablement en fonction de l’approvisionnement du pays. Pour s’assurer que les produits sont adaptés à l’usage auquel ils sont destinés, les organismes d’approvisionnement doivent définir soigneusement les spécifications sur la base d’un consensus d’experts, mais lorsqu’il n’y a pas de produits enregistrés, ou en l’absence de recommandations fondées sur des preuves, l’approvisionnement en produits appropriés peut être particulièrement difficile.
  • Enfin, les défis en aval comprennent la prescription et la délivrance/utilisation adéquates, la disponibilité locale et l’accessibilité géographique, l’utilisation rationnelle des antivenins et la perception des antivenins par la communauté.

Les auteurs concluent qu’avec près de 140 000 décès et des centaines de milliers de handicaps causés chaque année, l’encéphalopathie spongiforme bovine constitue une menace pour la santé et la croissance économique des communautés des PRFM dans toutes les régions du monde. Une action concertée, menée par l’OMS et fortement soutenue par les gouvernements, les ONG, les donateurs et la communauté pharmaceutique est impérative. S’il vous plaît, faites passer le message !

Raffaella

PS Un rappel habituel que le deuxième cours court de l’IMT sur les politiques pharmaceutiques dans les systèmes de santé aura lieu à Anvers, du 30 mai au 17 juin 2022. Les personnes intéressées peuvent s’inscrire jusqu’à la fin du mois de janvier 2022, à l’adresse https://edu.itg.be/courses/pharmaceutical-policies-in-health-systems.

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